Archives par étiquette : poésie lyrique

Parution : Relire Guillaume de Machaut et les reprises lyriques médiévales à la lumière de poètes contemporains

Hélène Basso, “Nous nommerons donc poésie ce lieu où le langage ne désespère pas de soi.” Relire Guillaume de Machaut et les reprises lyriques médiévales à la lumière de poètes contemporains, William Blake and Co. éditions, 2024.

Le présent essai est centré sur l’analyse des répétitions à l’oeuvre dans la poésie de Guillaume de Machaut. Usant massivement, comme ses contemporains, de formules récurrentes et de motifs stéréotypés, Guillaume de Machaut est aussi un contempteur de ce qu’il nomme « la redite ». Or, cette dualité ne recouvre pas une dichotomie générique de son oeuvre, opposant le lyrisme où l’exploitation musicale de la langue recourt à des reprises, facteurs de rythme et d’harmonie, au narratif où la redondance entraverait l’efficacité du récit. De fait, la poésie ne se réduit pas à un jeu formel et son appariement à la musique, dont on sait qu’au Moyen Âge, elle articule les réalités humaines, cosmiques et divines, lui donne une valeur et une fonction que ne soldent pas le divertissement et la beauté « gratuits ». À l’inverse, des récits poétiques incorporent des répétitions, revendiquées comme gages d’authenticité d’une histoire elle-même riche en itérations ou scandée de points de vue convergents dont la récurrence dévoile l’unité fondatrice. Mais elles relèvent aussi d’un dessein poétique plus subtil, voilé, qui vise à construire les arcanes d’une harmonie consonante à celle de la poésie lyrique. Pour en cerner les enjeux et penser quel rapport à la langue la fonde, la démarche a consisté à lire les textes du XIVe siècle à la lumière des pratiques de la langue poétique telles que les forgent des écrivains modernes. En effet, s’agissant de réfléchir à la répétition, ce trait de style si décrié dans nos modes de pensée actuels, sans pâtir, donc, de nos préjugés, nous avons besoin d’être guidés par ceux qui nous en libèrent, nous font entendre la langue autrement. Il ne s’agit pas de projeter sur les textes anciens les usages décelés chez un Pierre Jean Jouve, Pierre Emmanuel ou Yves Bonnefoy. Il s’agit de croire en une continuité du geste poétique qui inscrit dans le temps, mais aussi, contre lui, une aspiration commune à mettre la langue en travail. Dans l’histoire de la poésie que sécrète le temps, nous apprenons à regarder les pères à partir de ce qu’ont fait de leur héritage leurs fils. À comprendre l’arbre à partir du fruit, qui en révèle les puissances latentes. Les poètes modernes choisis nous montrent les possibles inscrits dans la langue que nous subissons, ils sont des éveilleurs. Alarmée, éclairée, aiguillée, nous pouvons
aborder les poèmes anciens, dans la confiance d’un verbe qui ne soit pas naïf ou pauvre, nous faisons le pari qu’eux aussi, semaient, forgeaient une langue parlante.
Le premier chapitre d’ouverture expose cette démarche en expliquant à la fois le choix du sujet d’étude (la répétition), la sélection du corpus d’oeuvres médiévales (centré sur la production non notée de Guillaume de Machaut et prolongé, à titre de comparaison par des textes de deux de ses « successeurs »et disciples : Eustache Deschamps, Oton de Granson) et le recours à des lectures de poèmes modernes pour les interroger. Il pose la problématique de la répétition en poésie et donne les motivations du procédé d’investigation consistant à la penser à partir d’oeuvres du XXe siècle, dont le choix, est lui aussi, défini.
Le deuxième chapitre est consacré à l’étude des reprises lyriques dans l’oeuvre de Machaut : leur fonctionnement et valeurs sont analysées dans une collection de pièces non notées : La louange des dames. Les résultats sont confrontés à l’examen d’un texte métapoétique où Machaut décrit sa démarche, et d’un récit qui, se fondant sur le principe de la répétition, permet d’en inscrire la présence dans une poétique cohérente et unifiée : Le Dit de l’Alérion. L’exposé est ponctué de références à des poèmes du XXe qui entrent en écho avec les textes anciens et apportent des questions à leur poser.
Le dernier chapitre s’interroge sur les héritages de la poétique de la répétition dégagée chez Machaut, en la confrontant à celle qui affleure chez d’autres poètes de la fin du Moyen Âge. Alors qu’elle est exploitée chez Machaut notamment à des fins d’enrichissement et d’étoilement du sens, elle devient chez Eustache Deschamps une façon de replier la langue sur un sens contrôlé, stabilisé. Quant à Oton de Granson, il en fait l’élément fondateur d’une force invocatoire du verbe. Ces choix opérés ou « trouvés » parmi les ressources de la langue, entrent en résonance avec des écritures de notre temps. L’essai se termine en donnant à entendre quelques-uns des ces reflux et congruences, avant de s’achever sur trois exemples de lectures de détails qui reviennent sur la fertilité de l’approche « à contretemps ». On montre ainsi comment la présence de la salamandre dans Du mouvement ou de l’immobilité de Douve a permis de découvrir et d’interpréter celle qui loge aussi dans un jardin poétique de Guillaume de Machaut – où elle est un oiseau… Remonter le fil de l’histoire ne revient pas à brouiller les strates temporelles et à nier le poids des réalités culturelles qui forment l’arrière-plan des textes. De même, passe dans ce moment conclusif une étoile tombée chez Rodanski, éclairant celle de Guillaume de Machaut, s’ y entendent des rythmes heurtés et des allitérations bruyantes qui, parce qu’elles sont au service d’un verbe cinglant chez Pierre
Emmanuel, dédouanent celles de Granson de toute présomption de maladresse, avant que Pierre Jean Jouve, par son usage des adjectifs verbaux nous apprenne un rapport au temps suspendu, convertissant le faire en être, et établissant ainsi une perméabilité « inspirante » entre ce qui participe de l’état intrinsèque et ce qui est conquis, entre ce qui dure et ce qui change, peut changer, peut disparaître même, mais aussi faire retour.
La conclusion « en guise d’au revoir » revient sur la traversée de ces textes, le croisement opéré entre l’ancien, le très ancien, et le moderne, en l’articulant au besoin de poésie qui nous anime, et dont on souhaite espérer qu’il puisse induire une soif réciproque chez le lecteur.

Parution : “Le Fou d’Elsa” de Louis Aragon

Élodie Burle-Errecade, « Le Fou d’Elsa » de Louis Aragon : Le sujet médiéval réinventé, Paris, Honoré Champion, 2023.

Avec Le Fou d’Elsa, Louis Aragon confirme que le Moyen Âge est pour lui une source de fascination et d’inspiration. La Grenade médiévale de Boabdil, Colomb ou le Medjnoûn sont des espaces rêvés, théâtres de rencontres entre l’Orient et l’Occident. Si la référence à la période et les réflexions qu’elle porte ne sont pas nouvelles, elles trouvent une place signifiante dans le poème, produisant un « effet » médiéval. En 1963, comme en 1942, le chant d’amour traditionnel, transcendant les genres littéraires et envisagé comme une solution, continue de répondre aux préoccupations contemporaines du poète. Les expériences amoureuses et poétiques se disent encore et toujours dans la mélancolie du conflit. La rumination lyrique et sa perpétuelle interrogation s’inscrivent dans une tapisserie médiévale et remettent le sujet au centre d’un dispositif de réinvention.

Détails et commandes sur le site de l’éditeur.

Céline CECCHETTO

Chanson & intertextualité(1981- 2013)


Champs de Recherche :

  • Le genre chanson à travers les âges.
  • La réception du Moyen Âge : le Moyen Âge comme instrument de conceptualisation de la culture contemporaine.
  • La poésie lyrique au Moyen Âge et à la Renaissance, en particulier le rapport musique/poésie.

Liste de publications

Ouvrages

Thèse : Échos du Moyen Âge et de la Renaissance dans la chanson française contemporaine. Dirigée par Danielle BOHLER, Université de Bordeaux Montaigne. Soutenue le 24 septembre 2008. À paraître.

Mémoire de maîtrise Georges Brassens ou le passé vivant. À paraître dans la collection « Eidôlon », Presses universitaires de Bordeaux.

Direction d’ouvrage collectif

Chanson et intertextualité, Céline Cecchetto (dir.), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, Eidôlon 94, 2012. [En ligne]

La chanson politique en Europe, Céline Cecchetto et Michel Prat (dir.), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, Eidôlon 82, 2008. [En ligne]

Articles

« Passages de Villon dans la chanson contemporaine », Le Temps de la Mémoire II : Soi et les autres, Danielle Bohler et Gérard Peylet (dir.), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, Eidôlon 79, 2007, p.305-326. [En ligne]

 « Chanson de combat, chanson et combat : quelques airs dans l’œuvre de Rabelais », La chanson politique en Europe, Céline Cecchetto et Michel Prat (dir.), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, Eidôlon 82, 2008, p.247-260. [En ligne]

« La chanson, ou l’actualité des trouvères », Les chansons en langue d’oïl, l’art des trouvères, Marie-Geneviève Grossel et Jean-Charles Herbin (dir.), Valenciennes, P.U.V, 2008, p.39-59.

« La chanson contemporaine, ‘‘ foutrement moyenâgeuse’’ ? », Fantasmagories du Moyen Age : entre médiéval et moyenâgeux, Élodie Burle-Errecade et Valérie Naudet (dir.), Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, Senefiance 56, 2009, p.167-179. [En ligne]

« Charles d’Orléans et Joachim du Bellay. L’exil aux frontières du Moyen Âge et de la Renaissance », Écritures de l’exil, Danièle Sabbah (dir.), Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, Eidôlon n°85, 2009, p.103-118. [En ligne]

« Médiévalismes d’une sémiose : le Moyen Âge en chanson », Médiévalisme, modernité du Moyen Âge, in Itinéraires LTC, 2010-3, Vincent Ferré (dir.), L’Harmattan, 2010, p.177-188. [En ligne]

 « Écho d’un genre médiéval oblique : les sottes chansons d’aujourd’hui », Les genres littéraires en question au Moyen Âge, Danièle James-Raoul (dir.), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, Eidôlon 97, 2012. [En ligne]

Communications

De Georges Brassens à la chanson contemporaine : le passé vivant du Moyen Âge », 16 février 2007, intervention au séminaire, dirigé par Christian Marcadet et Yves Borowice, Université Paris I/C.N.R.S/O.M.F/Université Paris X/Ecole doctorale « Connaissance et Culture ».

« Chansons-types et types de chansons », dans La chanson au fil du temps : mémoire, histoire, nostalgie, 30 mars 2007, Colloque organisé par CRILCQ, Université du Québec à Montréal.

« Popularité et mémoire dans trois albums de chanson française contemporaine (Têtes Raides, Les Ogres de Barback, Weepers Circus) », Musiques populaires, une exception francophone ?, Colloque de l’IASPM 2007, branche francophone d’Europe, Université catholique de Louvain, Belgique.

« La chanson française à la croisée des langages », Le français chanté, Colloque international organisé par le CRILCQ, Université Laval à Québec, mars 2006.

« Échos du Moyen Âge et de la Renaissance dans la chanson contemporaine, perspectives pour une recherche pluridisciplinaire », communication à la journée des doctorants du LAPRIL, Université Bordeaux III, juin 2005.